Définitions

Si pour Auguste Perret, l’architecture, c’est l’art d’organiser l’espace et que c’est par la construction qu’elle s’exprime. (in: Techniques et Architecture, II, n° 9-10, septembre-octobre 1942.) et pour Pierre Von Meiss, l’espace ou l’intervalle entre sol, murs et plafond n’est pas le néant, bien au contraire: la raison même de son activité est de créer ce creux, pour contenir. […] L’architecture est l’art du creux; elle se définit à la fois de l’intérieur et de l’extérieur. (« de la forme au lieu », Presses polytechniques et universitaires romandes, Lausanne, 1993, p. 113.)

Pour d’autres, comme Jean Cousin, l’espace architectural n’existe que dans sa relation entre un milieu bâti et l’homme.

Pour Bruno Zevi, le caractère distinctif de l’architecture est qu’elle existe dans un espace tridimensionnel qui inclut l’homme. […]

La définition la plus juste que l’on puisse donner aujourd’hui de l’architecture est celle qui tient compte de « l’espace interne ». Sera belle celle dont l’espace interne nous attire, nous élève, nous subjugue spirituellement; sera laide celle dont « l’espace interne » nous fatigue ou nous repousse. […] L’espace interne, cet espace qui nous entoure et nous « comprend », constitue le caractère principal pour le jugement d’un édifice et décide du « oui » ou du « non » de toute conclusion esthétique. Que l’espace, le vide, soit le protagoniste de l’architecture, n’est-ce pas, du reste, naturel? L’architecture n’est pas seulement un art, pas seulement l’image des heures passées, vécues par nous et par les autres: c’est d’abord et surtout le cadre, la scène où se déroule notre vie. (« Apprendre à voir l’architecture », Les Editions de Minuit, Paris, 1959, pp. 9-16.)

Enfin, pour Henri Van Lier, l’espace architectural est un englobement total et immédiat. Poursuivant des systèmes de lignes, couleurs, matières, poids, volumes, chaleurs, humidités, odeurs, etc., l’architecture y établit des rapports qui en deviennent en quelque sorte infinis, où chaque portion de l’espace y résonne de toutes les autres et où l’habitant, tout en étant situé, s’éprouve en même temps partout. (voir « l’espace architectural », Encyclopaedia Universalis)

 

Ma

Inhérent à la conception de l’espace architectural japonais se trouve le Ma, terme désignant un espace, un intervalle (d’espace, de temps, musical,…), une pause, un entre-deux, un vide entre les choses, la distance entre deux ou plusieurs colonnes, etc…

Comme le dit le poème:
Les murs avec ses fenêtres et ses portes forment la maison,
mais c’est l’espace laissé entre-eux qui est l’essence de cette maison.
ou encore, on voit les parois d’une bouteille, mais c’est le vide contenu qui est important.

Son kanji, (l’idéogramme) représente une portion du soleil apparaissant entre deux portes entre-baillées, c’est donc ce qui se passe entre, dans cet intervalle.
Mais c’est aussi le temps qui s’exprime par la boule du soleil qu’on voit monter lentement dans l’interstice laissé entre les battants de porte.

C’est également un vide plein de possibles.