Stephen Holl

La perception de l’architecture implique des relations variées entre trois ordres: si nous observons et analysons, depuis la partie de l’espace que nous occupons, le premier plan, le plan moyen et l’arrière-plan apparaissent réunies en une vision unique, mais en fait, la fusion de ces champs spatiaux fédère des perceptions très différentes. Le pouvoir qu’a l’architecture de susciter un plaisir réside dans l’interpénétration de l’espace, vaste domaine de formes et des proportions, et des matières et détails, à une échelle inférieure. Les modes de représentation que sont le plan et la coupe ne peuvent rendre compte de ce territoire phénoménologique. Quant à la photographie, elle ne peut représenter nettement qu’un seul champ, excluant les transformations dans l’espace et dans le temps.
Il faut examiner de très près le faible lien qui unit perception et représentation, et le renforcer. Le plan traditionnel est une figuration aveugle, non-spatiale et non-temporelle. La mise en perspective selon le chevauchement des champs, annule ce court-circuit dans le processus d’élaboration. La perspective précède le plan et la coupe, elle donne priorité à l’expérience physique et lie le créateur au spectateur. La poésie spatiale du mouvement dans des champs qui se chevauchent est une parallaxe animée.
(Stephen Holl, « Fusion de la sensation et de la pensée », in « Fondement pré-théorique », catalogue de l’exposition « Stephen Holl », Artemis / arc en rêve centre d’architecture, Bordeaux, 1993, p. 26.)