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Psychopathologie

Quelques éclairages sur les liens entre les névroses et l’espace construit, extraits de l’ouvrage collectif « Espace et Psychopathologie », ss la dir. de Yves Pélicier, Economica, coll. Madica, Paris, 1983.

Pour le Dr Yves Pélicier, l’espace est vécu affectivement. « L’espace est une source puissante d’émotions. Nous constatons la recherche du confinement pour le déprimé et le besoin d’expansion du maniaque. D’une manière générale, l’espace mis à notre disposition peut signifier en effet soit la sécurité, soit la contrainte. Dans le premier cas, il est le leu d’un repli et d’une intimité. Dans le second, il suggère l’étouffement et le besoin d’évasion. » (Espace et psychopathologie », ss la dir. de Yves Pélicier, Economica, coll. Madica, Paris, 1983, op. cit. , pp. 7-8)

« Ce qui garantit l’homme contre le délire ou l’hallucination, ce n’est pas sa critique, c’est la structure de son espace. » (Merleau-Ponty, « Structure du comportement, P.U.F., Paris, 1949) On voit le parti que le thérapeute peut tirer de cette notion: s’il est en vain de vouloir réduire un délire par la critique – fut-elle déguisée en interprétation – on peut aider à sa disparition en aménageant l’espace du patient de façon qu’il puisse se charger de significations claires. » ‘ écrit le Dr Paul Sivadon, « Un espace pour l’homme », in: op. cit. , pp. 20-21.)

Dans le chapitre « L’espace des phobiques », le psychiatre espagnol Francisco Alonso-Fernandez développe leurs mondes:

« L’espace vécu par ces personnes cesse d’agir comme une source d’énergies positives personnelles et transcendantes pour se convertir en un réceptacle morbogène et étranger qui fonctionne comme source de menaces et de risques, qui cristallisent avec facilité sous forme de phobies. De là, la grande abondance de la production de phobies spatiales parmi les névrosés. une abondance de phobies qui se retrouve aussi dans l’extase future de la temporalité sous forme de phobies temporelles ou d’expectations. Une des exigences primordiales de la thérapie des phobiques, est d’arriver à les réconcilier avec les terribles potentialités quotidiennes et archétypiques enfermées dans la catégories anthropologiques de l’espace, moyennant la réaffirmation personnelle et la réduction des peurs et des craintes.

Pour la plupart des phobiques et même des névrosés d’angoisse le profil spatial le plus menaçant est l’espace vide d’êtres humains. […] Le phobique a une grande avidité de contact humain. » (in: op. cit. ,p. 100)

« Un autre motif spatial qui inspire la répulsion ou la crainte à un grand secteur des névrosés phobiques et angoissés pris en bloc, est l’obscurité. Cela est dû au vécu de l’espace obscur comme un espace agresseur en puissance. » (ibidem)

« L’espace rapport au moi où l’espace individuel et l’espace des résonances ou espace pathique et syntonique se rapetissent et se réduisent dans les mondes phobique, obsessif et dépressif, mais avec des caractéristiques différentes. Chez l’obsédé et le phobique, cette réduction prend un profil menaçant et angoissant, qui se limite d’habitude chez le phobique au milieu limité des situations et des objets phobogènes, tandis que chez l’obsédé elle s’étend à l’espace global qui sert de cadre à sa vie, et, particulièrement à la présence d’autres personnes.

L’obsédé sent que les portes se rétrécissent, les chambres se réduisent, les autres sont trop proches, et que partout des contacts désagréables le menacent. Le malade obsédé d’une certaine gravité tend à terminer sa vie dans une enceinte très limitée, laquelle dans les cas extrêmes peut être le coin d’une chambre. Chez les obsédés il y a une distorsion de l’espace relationnel, cadre de rencontres et des rapports humains, car cet espace est imprégné de significations menaçantes comme le péché, la pourriture et la saleté.

La réduction des espaces individuels et syntoniques prend chez le dépressif des caractéristiques de pauvreté vraiment extrêmes. Dans le monde dépressif domine la sensation d’éloignement des choses et des personnes, dans un cadre spatial plat, c’est-à-dire, manquant de relief, de profondeur et de perspective. Un espace qui a perdu, comme disait Minkowski, la perspectivité et qui est en outre remarquablement pauvre en résonances. C’est que l’espace pathique est l’espace de résonance  de l’humeur ou état d’âme (Stimmung). L’écroulement énergétique et vital propre aux dépressions implique nécessairement une expérience vécue spatiale très pauvre, lointaine, terne et blafarde. » (in: op. cit. , p. 101)

« Les trois modalités les plus représentatives des phobies spatiales : l’agoraphobie, la claustrophobie et la cremnophobie  [crainte exagérée des précipices] offrent un dénominateur commun de se centrer sur une qualité de l’espace vécu comme une terrible menace contre l’intégrité de l’être en soi.

[…] L’être humain établit d’habitude un rapport positif avec l’ampleur, aussi bien dans la trame des expériences vécues que dans l’espace, puisqu’il la ressent à la fois comme une stimulation à élargir la course de ses mouvements et comme un symbole d’énergie, de victoire, de succès, de mobilité. Mais des personnes non confiantes en leur propre destin et non sûres d’elles-mêmes vivent le large espace ouvert comme une menace, nuancée par les significations symboliques de la défaite, de l’échec et de la destruction. Lorsque cette signification pathétique s’impose au sujet jusqu’au point qu’elle le laisse paralysé et qu’il ne peut poursuivre, on dit que l’agoraphobie s’est établie. » (in: op. cit. , p. 102)

« L’agoraphobie et la claustrophobie sont fondées sur des radicaux existentiels opposés. Dans la claustrophobie, domine l’oppression de l’espace fermé et étroit qui permet une voie d’échappement. Face au retrait du milieu qu’impose l’agoraphobie, la claustrophobie se dresse comme une réclamation symbolique de liberté et d’indépendance. Sur la préférence personnelle pour les espaces réduits ou les grands espaces: tandis que les névrosés préfèrent les espaces petits et recueillis, parmi les personnalités psychopatiques il y a une inclinaison pour les espaces grands et ouverts. » (in: op. cit. , p. 103)